_
_
_
_Oublier, oublier, oublier. Il faut oublier, tout oublier. Tout jusqu'à la moindre miette en vrac sur la table, tout jusqu'au moindre souvenir débordant d'affliction, tout jusqu'à la moindre étreinte assise au soleil, grignotant ton petit bonheur malade, tout oublier, laver les sourires dégoulinants de bonheur, cicatriser les morsures saignantes de tes pensées qui hurlent, fièvreuses. Cacher tous les arrières - goûts de son visage.. Reculer avant que le temps ne t'attrape, ne t'étouffe de ses étreintes amères, avant qu'il ne te soulève trop loin, avant qu'il ne te cale trop vite dans les cendres encore tièdes des restes de ta mémoire, des poussières de son ombre calcinée par le temps. Que tu ne vois plus rien de ce passé encombrant, tes yeux sont fatigués, ils ont vu défilé les jours, ils ont vu chanter l'amour, ils ont verser les larmes salées qui te brulaient les joues, qui sinuaient le long de ton nez, qui vidaient tes yeux. Alors il faut que tu oublie, que tu élude la réalité qui te tire vers elle, qui te bouscule, qui cherche à t'atteindre, à t'attraper la main, à te la mordre, de toutes ses dents tranchantes, gourmande de douleur et de larmes insouciantes. Cours . Et je le désirais, ô combien je désirais ses lèvres écrasant les miennes, son parfum viril, son petit air inquiet, sa démarche lourde, ses larges épaules. Ô comme je le désirais, lui, de toute sa petite personne bien égoiste, de tout son petit être pervers, et je sentais à nouveau cette sale boule chaude qui venait se loger dans mon estomac noué quand il me toisais, cette boule chaude qui ne me quittait plus, qui se cachait tout au fond de mes organes dégoulinants de fatigue, et qui restait là, à m'écorcher le ventre, à m'écorcher le c½ur, de sa grande plaie béante, saignante, quand ses yeux plongeaient dans les miens, furtifs, destructeurs. Et puis j'étais seulement transparente, il ne voyait que mon fantôme passager, que ma présence artificielle, il ne voyait que mon être perméable et vaporeux qui le regardait avec envie, avec un désir cuisant dans les yeux. Mais l'illusion de ma présence brûlait en moi comme on brûle d'amour. Et comme à chaque fois, je le regardais avec ses premiers pantalons longs, avec ses premières cigarettes, avec tout ces amas d'amour qui se dégageait de ma petite personne, palpable, tangible tant il était puissant, et tout ce bouillonnement d'admiration, et toute cette incandescence, et toute l'exaltation de cette passion de l'âme, et le tumulte de mes humeurs changeantes, et l'ardeur d'un amour flétri, d'un amour sans fin.
M.
...... tu m'fais bien rire espece de sale putain